44 ans, né à Aulnay
Conseiller Municipal
Ancien Adjoint au Maire
C'est le nouveau sujet politique à la mode, le Graal de l'intégration et de la démocratie locale : le droit de vote des étrangers aux élections locales, c'est à dire municipales.
J'ai l'impression de revenir 31 ans en arrière puisque cette proposition faisait déjà partie du programme commun de la gauche que Mitterand porta en 1981. Rien que cela devrait nous amener à une réflexion plus profonde qu'une simple réponse par oui ou non. Car si cela était si simple, si important, si évident, pourquoi cela n'a pas été fait par Mitterand en deux mandats de 7 ans ?
On ne peut s'empêcher de rapprocher à nouveau cette proposition de l'arrivée d'une échéance électorale majeure, l'élection présidentielle. D'ailleurs cette proposition aurait eu du sens à la veille d'élections locales mais quel intérêt pour les étrangers concernés puisqu'ils ne pourront pas voter à l'élection présidentielle.
Je pense avant tout que la Gauche vise deux objectifs à travers cette proposition aujourd'hui:
C'est tellement caricatural, démagogique et électoraliste que je ne peux m’empêcher d’y répondre cette fois sur le fond.
D’abord sur les odieuses insinuations que la gauche lance contre ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sur cette question. Voici un court extrait d’un texte qui n’est pas le mien mais qui est démonstratif de cette démarche :
« La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration posent aujourd'hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables.
Quand la concentration devient très importante la crise du logement s'aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d'aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d'ouvriers et d'employés. L'enseignement est incapable de faire face et les retards scolaires augmentent chez les enfants, tant immigrés que français. Les dépenses de santé s'élèvent. »
Ces phrases sont extraites de la lettre de Georges Marchais au Recteur de la Mosquée de Paris commise en 1980. Et l’on comprend bien ici que prises isolément de leur contexte, elles pourraient faire passer l’ancien secrétaire général du PC pour un vilain raciste. Il ne l’était pourtant pas.
La gauche utilise sans cesse cette méthode qui consiste à oublier le contexte, les questions que les journalistes posent, les phrases qui précèdent et celles qui suivent. Elle arrange sans vergogne ce que les autres disent pour toujours en faire le même portrait. Cela prouve à quel point elle manque d’arguments pour toujours vouloir travestir ses adversaires.
Sur le fond à présent :
Rappelons que sur le sol français nous disposons, tous, français et étrangers, de plusieurs types de droit : les droits au travail, au logement, à l’éducation, aux allocations familiales, aux régimes sociaux (chômage, maladie, retraite), à la santé, aux élections syndicales, à la formation d’associations. Tout n’est pas parfait, mais ces droits sont reconnus à tous ceux qui vivent en France dès lors qu’ils sont en règle sur le plan de leurs papiers, en fait de leur identité. En clair, seul le droit de vote aux élections locales et nationales n’est pas délivré aux étrangers.
On ne peut pas dire, au regard de cet état des lieux, que les « non-français » seraient mis à l’écart de la société. Laisser sans cesse à penser que la France serait une terre de mauvaise accueil est un mensonge et une erreur grave. Alors le droit de vote aux élections locales est-il le dernier maillon d’une intégration réussie ?
J’entends ce qu’on nous dit sur les étrangers européens. Mais il faut renverser les choses. Cette mesure a été prise dans tous les pays européens en même temps pour que la citoyenneté européenne commence à signifier quelque chose. Et à l’heure où l’on voit que l’Europe politique doit naitre, on comprend aisément que ce fut le bon choix. Demain les citoyens européens auront à trancher des problèmes à l’échelle du continent, à choisir ensemble leur destin, le vote de tous apparaitra alors comme une évidence.
Il n’en est évidemment pas de même pour le reste du monde. Quels autres pays accepteraient la réciprocité ? Quels autres pays y auraient intérêt ? On a beau se creuser la tête, on ne voit vraiment pas ! D’ailleurs, dans quel autre pays renonce-t-on à associer le droit de vote et la nationalité ? Uniquement dans ceux pour lesquels la naturalisation est rare ou impossible.
J’entends aussi ce qu’on nous dit sur l’aspect local. C’est certes le texte porté par le Sénat mais ce n’est pas le texte porté par le PS qui lui va plus loin, puisqu’il revendique également le droit d’éligibilité. Alors on justifie ce droit de vote local par le fait que les étrangers de nos communes sont concernés par les problèmes locaux. Certes, c’est une évidence. Mais ne profitent-ils pas d’une politique sociale gérée par le département, de transports gérés par la Région, d’écoles gérées par l’Etat ? Qu’est-ce qui justifierait de s’arrêter aux élections locales plutôt que cantonales ou régionales ? En fait rien. Ce serait même la suite logique dont on voit bien qu’elle serait inéluctable.
J'entends encore ce qu'on nous dit sur le fait que ces étrangers paient leurs impôts et qu'il serait devenu malsain d'accepter cette participation et de leur refuser ce nouveau droit. Mais alors ne faudrait-il faire voter que ceux qui paient l'impôt ? Les étudiants, les chomeurs, les Rmistes, les retraités, tous ceux qui ne paient pas d'impôt devraient-ils alors se voir retirer leur droit de vote ? Et ceux qui paient plus d'impôts devraient-ils pouvoir voter deux fois plus ? Depuis quand le critère de l'argent devrait-il devenir la référence du droit ? Drôle de nouvelle idée de gauche !
Imaginons maintenant que tout le monde puisse voter. Quel intérêt aurons-nous les uns et les autres à
« rester » français ? Peut-être pourrions-nous choisir des nationalités plus « appropriées » en fonction de nos intérêts particuliers ? « Ma sœur habite au
Québec, si je peux éviter le visa, ce sera sympa ! », « mes parents ont une maison au Maroc, pour la succession plus tard, ce sera mieux », « en étant suisse, on trouvera
naturel que j’ai aussi un compte en banque là-bas », etc. à l’heure où on doit mobiliser tous les français autour d’un effort national, comment le pourrait-on si être français n’apporte plus
aucun droit particulier ? Qu’est-ce que devient la communauté nationale ? Elle disparait au profit des nationalités pour convenance personnelle. Ce serait le début des nationalités de
confort et non d'engagement.
Enfin il serait bon d’interroger justement les étrangers sur la raison qui les poussent à ne pas se naturaliser alors qu’ils vivent depuis des dizaines d’années en France. On trouverait là une mine de réflexion pour le futur et pour la fameuse question de l’intégration. De ma petite expérience, l’attachement à une partie de la famille vivant dans le pays d’origine, l’acquisition de biens dans le pays d’origine et la question du lieu de sépulture n’y est pas pour rien. Cela se comprend mais ces questions ne peuvent prendre le pas sur la question de l’appartenance à la communauté nationale et sur le fait de vouloir participer à l’écriture de son destin.
Pour terminer je voudrais rappeler ce qu’est la réalité de la naturalisation en France et en Europe qu’un excellent article du journal Le Monde du 7 novembre dernier exposait. Depuis plus de dix ans, c’est le Royaume-Uni, suivi de la France puis de l’Allemagne qui naturalise le plus, c'est-à-dire plus de la moitié des naturalisations de toute l’Union Européenne à eux trois. 203 000 pour le Royaume-Uni, 136 000 pour la France et 96 000 pour l’Allemagne en 2010. Comment dire alors que nos pays ne sont pas accueillants pour ces nouveaux venus ? Comment comprendre que chaque année 776 000 étrangers font eux le choix volontaire de devenir des européens à part entière ?
Pour toutes ces raisons, le vote des étrangers aux élections locales est une très mauvaise idée, capable de déliter l’esprit même de nationalité, de supplanter le choix volontaire de participer à la communauté nationale. La raison devrait amener la gauche à moins de démagogie à la veille d’élections importantes et à moins de paresse intellectuelle dans une période ou l’union nationale est une condition de la réussite de la France. Le droit de vote ne se donne pas sans contrepartie et la contrepartie, c’est la nationalité.
J'epère que les étrangers de France ouvriront les yeux sur cette manipulation et prendront la seule décision valable : prendre la nationalité française pour voter !
La crise mondiale de 2008 aura rebattu beaucoup de cartes. Elle aura changé les grands équilibres de ce monde. Elle aura aussi replongé l’Europe dans ses vieux démons, et l’on ne le voit pas encore.
On accuse bien souvent à tort la mondialisation de tous les maux. Elle est pratique pour désigner l’autre et ses comportements comme la cause de nos difficultés, fuir nos responsabilités et finalement continuer à subir en maugréant. Cela soulage de s’indigner, de se mettre en colère. Pour certains politiques c’est même l’occasion de surfer sur la morosité ambiante, la peur et la colère.
La mondialisation a commencé il y a bien longtemps, et c’est elle qui permet aux uns de rencontrer les autres, de se comprendre, d’échanger et de préférer faire des affaires plutôt que la guerre. En vérité elle a été un immense facteur de stabilité. Elle n’a évidemment pas que des bienfaits et beaucoup en souffrent.
Avant cette crise de 2008, on pouvait voir le monde sous l’angle suivant : l’occident (l’Europe et l’Amérique du nord) dominait le monde par trois moyens : un modèle de pensée et de culture, un modèle économique, un modèle politique et démocratique. A travers les médias, nous constations partout l’avancée de ces modèles considérés comme universels. Même les révolutions arabes récentes le démontraient ! Finalement il n’en était rien et le réveil est difficile.
Nous pensions que la pensée universaliste, laïque, que la France promeut pouvait s’imposer à tous. Nous pensions que la culture avait vocation à « s’affranchir » des conventions et des pouvoirs pour librement élever le citoyen. Mais le niveau d’évolution de nos sociétés dans ces domaines, nous empêchait de voir que les 2/3 de l’humanité croient en un Dieu d’une façon ou d’une autre, et que leurs comportements et leurs choix sont souvent déterminés par cela ou au nom de cela.
Nous pensions que notre façon de faire des affaires était la seule façon de faire et qu’elle se ferait toujours à notre profit. Mais ailleurs les besoins étaient tellement plus criants qu’en Europe qu’un immense rééquilibrage devait forcément s’opérer à notre détriment. Cela ne s’est pas fait au prix d’un conflit armé, mais le résultat est le même.
Nous pensions que la démocratie du vieux continent pouvait s’exporter et s’adapter partout. Mais une démocratie suppose des sociétés suffisamment évoluées pour fabriquer des contre-pouvoirs civils, économiques, capables de s’émanciper du pouvoir politique amenant alors celui-ci à développer la négociation, la co-élaboration. Or peu de pays dans le monde ont pu développer ces moyens d’autonomie par rapport au pouvoir central. Du coup, la crédulité des peuples est chaque fois exploitée pour mettre au pouvoir des gens pas toujours bien intentionnés.
L’avenir de l’Europe, premier client des asiatiques, notamment de la Chine, est aujourd’hui suspendu au sort de la Grèce. Les USA, autre locomotive malade, voit également dans cette crise européenne, une façon pour la Chine d’imposer insidieusement leur leadership sur la marche du monde. Une concurrence mal vue mais contre laquelle il semble difficile de lutter aujourd’hui.
Le cas de la Grèce nous apprend 4 choses :
Le tableau suivant dresse la dette des pays de l’Union Européenne et des USA à la fin 2010 :
|
Position |
Pays |
Dettes (en milliards de €) |
En % du PIB |
|
1 |
Grèce |
329 |
144.9% |
|
2 |
Italie |
1843 |
118.4% |
|
3 |
Belgique |
340 |
96.2% |
|
4 |
Irlande |
148 |
94.9% |
|
5 |
Portugal |
161 |
93.3% |
|
6 |
Etats-Unis d’Amérique |
10179 |
92.9% |
|
7 |
Allemagne |
2062 |
83.2% |
|
8 |
France |
1646 |
81.7% |
|
9 |
Hongrie |
78 |
81.3% |
|
10 |
Royaume-Uni |
1353 |
79.9% |
|
11 |
Autriche |
205 |
71.8% |
|
12 |
Espagne |
642 |
61% |
|
13 |
Malte |
4 |
69% |
|
14 |
Pays-Bas |
370 |
62.9% |
|
15 |
Chypre |
11 |
61.5% |
|
16 |
Pologne |
195 |
54.9% |
|
17 |
Finlande |
89 |
48.4% |
|
18 |
Lettonie |
8 |
44.7% |
|
19 |
Danemark |
102 |
43.7% |
|
20 |
Slovaquie |
27 |
41% |
|
21 |
Suède |
146 |
39.7% |
|
22 |
Slovénie |
14 |
38.8% |
|
23 |
Lituanie |
10 |
38% |
|
24 |
République tchèque |
57 |
37.6% |
|
25 |
Roumanie |
37 |
31% |
|
26 |
Luxembourg |
8 |
19.1% |
|
27 |
Bulgarie |
6 |
16.3% |
|
28 |
Estonie |
1 |
6.7% |
|
|
TOTAL |
20071 |
Eurostat oct 2010 |
La situation est claire, l’Europe et les USA cumulent chacun 10000 milliards de dette. En tête de liste, on retrouve tous les pays qui sont aujourd’hui en situation difficile, ceux dont on doute de leur capacité à rembourser.
Et quand on scrute attentivement ce début de liste, on aperçoit toutes les locomotives du monde occidental : USA, Allemagne, France, Royaume-Uni, Espagne, Italie, etc. les 12 premiers cumulent à eux seuls 18986 milliards d’euros soit 94,6% de la dette globale ! On comprend dans ces conditions que toutes ces grandes nations soient prises d’une crainte terrible : si le premier de cordée tombe, ne risque-t-il pas d’entrainer toute la cordée ?
Voilà pourquoi le cas grec est devenu l’urgence du monde occidental et par ricochet de tous ceux, chinois compris, qui ont des échanges commerciaux avec l’Europe mais pas seulement. L’Europe, c’est aussi une diplomatie, une force de stabilité dans un monde incertain et il est capital qu’elle le reste.
Je ne reviendrai pas sur la raison de la dette grecque, tout le monde a compris que les comptes publics étant truqués, la fraude fiscale étant un sport national, cela ne pouvait finir que comme cela.
Le plan européen, celui porté et même incarné par Merkel et Sarkozy, prévoit que les créanciers privés de la Grèce abandonnent la moitié de leur créance soit 100 milliards sur les 200 initiaux. Reste 150 milliards de dette envers les autres pays européens et le FMI qui ne pourront eux réduire ces créances compte-tenu de l’état de leurs propres finances. C’est un pas énorme.
Evidemment, cela ne résout pas le cas grec, et les efforts immenses demandés aux grecs paraissent fous, mais aussi plus nécessaires que jamais. On peut toujours râler sur les travers du système capitaliste, sur les dérives du système financier, sur la cupidité que quelque uns ont érigé au rang de seule raison de vivre, cela ne changera pas l’état des lieux et le fait qu’il faille se résoudre à réduire la voilure.
Les Grands de ce monde auront-ils, dans un second temps, la capacité à mieux réguler le petit monde des financiers ? Oui à partir du moment où ils n’en dépendront plus. Si nous avons aujourd’hui peur des agences de notation c’est parce que leur avis reflète la réalité.
Quand nos finances seront assainies, l’avis de ces mêmes agences n’aura plus la même importance, pour ne pas dire aucune importance. Dans le rapport de force qui s’exerce entre ceux qui prêtent et ceux qui ont besoin (nos Etats) on comprend aisément qu’il vaut mieux être en bonne situation pour poser ses conditions.
Ne faisons pas rêver les citoyens avec de doux rêves : nous devons être en bonne situation financière pour pouvoir demain édicter les nouvelles règles du monde financier. Dire l’inverse c’est beau mais c’est illusoire et dangereux.
Mais ce n’est pas cet aspect qui est le plus important à ce jour, car je suis sûr que les Grands de ce monde n’auront pas envie d’être deux fois de suite suspendu à la notation des agences et menacés de faillite par des taux d’intérêts exorbitants.
Ce qui est le plus préoccupant, c’est la question du droit d’expression des peuples pour « choisir » leur sort. On a vu cette question se poser au moment où le premier ministre grec proposa un référendum à sa population pour adopter le plan d’extrême rigueur. Les espagnols vont aussi voter dans quelques jours et les italiens ont, eux, renoncé à des élections anticipées.
Faut-il donc partout en Europe, interroger les peuples sur la rigueur ? Faut-il faire voter les populations sur ce sujet ?
La réponse est difficile. Nous sommes des démocraties, le suffrage universel est donc la règle. Le sujet est d’importance, connaitre l’avis de la population est indispensable. Pour autant, les élus ont un mandat qui a une durée décidée au départ. Cette durée est une protection contre les revirements d’opinion, la tyrannie de l’immédiateté, la pression de ceux qui râlent le plus fort. Et dans des situations difficiles, celles ou les élus doivent prendre des décisions difficiles donc impopulaires, il n’est pas certain qu’il faille se soumettre à justement ces trois travers.
Que savons-nous des opinions publiques européennes aujourd’hui ? Elles ont à la fois peur de ne pas sortir de la crise, que celle-ci dure, mais également des mesures nécessaires pour en sortir. Elles le vivent comme le choix entre la peste et le choléra. Difficile dans ces conditions de leur demander leur assentiment. Chacun connait ce que serait le résultat d’une telle consultation.
De plus, l’histoire, pas encore effacée des années 30, nous rappelle comment des consultations démocratiques réalisées dans des conditions aussi difficiles, peuvent conduire les moins démocrates mais surtout les plus radicaux à conquérir le pouvoir.
Partout en Europe, les extrêmes reprennent des couleurs et au nom de l’écoute des peuples demandent comme par hasard qu’on les consulte. Ils ont, eux, bien retenu les leçons de l’histoire.
Quand le bateau traverse une tempête, il n’est pas opportun de faire voter tous les passagers pour changer de capitaine ou savoir qui aura la priorité dans les canaux de sauvetage en cas de naufrage.
Cette explosion démocratique à laquelle pousse les extrêmes est aujourd’hui dangereuse. Elle amènerait à coup sûr plus de risque pour chacun mais elle nous amènerait irrémédiablement sur le chemin de l’affrontement entre les peuples.
Chacun doit bien comprendre les risques que nous courrons à laisser parler l’émotion plutôt que la raison et surtout à soutenir les thèses radicales.
Comme chaque année, la cérémonie du onze novembre honore les morts tombés au champ d’honneur de 1914 à 1918. Au-delà des discours de circonstance, c’est un moment terriblement important car il nous rappelle que la paix est un bien fragile qu’il faut cultiver. Et le monde actuel montre combien ce sentiment n’est pas partagé.
Cette année, pour la première fois, cette cérémonie s’est déroulée sans « poilu », le dernier étant décédé dans l’année. Une page se tourne.
J’ai eu personnellement la chance et l’honneur pendant mon service militaire de côtoyer quelque uns des derniers poilus à l’institut national des invalides ou j’ai servi en 1989. Je me rappelle un homme nommé Delcour qui avait survécu à l’horreur. Il n’était plus très actif mais auprès de lui et d’autres, j’ai appris beaucoup.
Cette période a été vraiment importante pour moi, elle fait partie de ces moments qui fondent votre existence, vos objectifs. En côtoyant des hommes qui pendant les différentes guerres, première, seconde, Algérie, ex-Yougoslavie, ont servi au péril de leur vie pour défendre un idéal, j’ai compris ce que ne disent pas les livres d’histoire. L’homme ordinaire peut en des moments extraordinaires être un homme extraordinaire. L’attachement à la vie, celle des autres plus que la sienne, la conscience de devoir se battre pour quelque chose qui nous dépasse, le prix accordée à la liberté, paraissent bien peu de choses dans un monde ou le seul prix qui compte est le plus bas ou le plus haut selon ses moyens.
Une partie de mon engagement politique est né à cette période. Mon attachement indéfectible à l’intérêt général date de ce moment. Et quand je subi les attaques de certains de mes adversaires, je me remémore souvent les conversations avec ces grands blessés et leur enseignement. Rien ne me détournera de mon engagement.
Cette année est aussi marquée par la proposition du Président de faire du onze novembre, la journée dédiée à tous nos combattants morts au combat. Car en dehors des grands conflits dont on parle souvent, nous avons engagé des soldats ailleurs pour défendre la paix, et certains sont morts. Or aujourd’hui on ne commémore pas nos morts en ex-Yougoslavie, au Liban, en Afrique, en Afghanistan. On peut bien sûr créer une commémoration pour chacun de ces conflits qui ici paraissent mineurs mais sont bien évidemment majeurs aux endroits où ils ont eu lieu. Le fait de vouloir associer leur mort, leur engagement à ceux de la grande guerre me parait une bonne chose. Une façon de rappeler le rôle de la France à travers l’histoire et de rendre le meilleur hommage à nos soldats morts à présents loin de chez eux.
Il ne faut pas sous-estimer le poids de cet hommage, car malheureusement d’autres soldats français tomberont. Le monde en dehors des pays occidentaux et de quelques grands pays connait toujours un grand nombre de conflits internes ou avec leurs proches voisins. Personne ne peut prédire aujourd’hui comment tout cela peut finir. Et si on ajoute à cela la pression démographique, la rareté des ressources naturelles non polluées et de l’approvisionnement énergétique, on peut imaginer que les tensions n’en seront que plus grandes. Ce n’est pas rassurant mais il faut en avoir conscience et savoir prendre les bonnes décisions.
Les primaires socialistes feront-elles école ? C’est à voir, car au-delà du concept sympathique, il y a un risque démocratique que peu perçoivent encore.
Mais avant de parler des problèmes induits, parlons avant tout des points positifs.
Ce fut un vrai succès médiatique et un certain succès populaire.
Un vrai succès médiatique d’abord, parce que bien préparé et soumis à l’éclairage du média populaire par excellence : la télévision. Avec 4 soirées télévisées entrainant une somme considérable de unes de journaux commentant l’avant et l’après, le succès pouvait être au rendez-vous. Il l’a aussi été parce qu’il s’agissait bien d’une première, d’un ovni politique dont tout le monde voulait savoir s’il produirait de la nouveauté et du spectacle. Rappelons-nous les audiences considérables que font les émissions de télé-réalité, mais au-delà, de mise en scène de la « vraie vie ». Il est encore difficile de savoir si ce succès médiatique était porté par le besoin des « les » voir s’expliquer en public (c'est-à-dire s’étriper) ou par le besoin d’une décision politique plus transparente.
Le succès populaire est certain mais relatif au regard de ces audiences télévisées. 6 à 8 millions de télespectateurs et seulement 2 à 3 millions de votants, il y a là un écart pour lequel il y a encore peu d’explications et qui doit amener les spécialistes à se mettre en quête de réponses. Ceci dit pour un parti qui compte 120 à 130 000 militants, obtenir 3 millions de participants est forcément considérable et ne peut être vu que comme un succès. Il ne faut pas le nier.
Les vraies questions viennent maintenant. Qu’a produit en fait cette primaire ?
On peut sérieusement se poser la question tant Hollande était donné favori par tous les sondages depuis juin dernier. En termes de résultat binaire (qui gagne, qui perd) on peut donc s’interroger sur ce que cela a apporté de plus que les fameux sondages. Bien sûr, être élu par les citoyens rend légitime, l’être par les sondages, certainement pas. Mais Mme Royal qui fut dans cette posture en 2007 connait bien la fin de l’histoire et l’histoire vient de lui jeter un sort auquel elle ne s’attendait pas. Cette primaire légitime donc un candidat qui l’était déjà, les sondages en ont fait la preuve, et qui n’a pas plus d’avance qu’en 2007.
A côté de ce résultat binaire, il y a bien sûr des enseignements importants sur la façon dont les plus fervents électeurs de gauche, ceux qu’on nomme couramment les sympathisants, voient le candidat de 2012.
Et le premier enseignement est bien que la crise est bien passée par là, ancrée profondément dans la conscience des Français, même de gauche. Car choisir Hollande, c’était avant tout faire le choix de quelqu’un de raisonnable (d’autres à gauche disent mou) qui ne voulait pas embarquer le pays dans un voyage sans retour à gauche toute. Aubry qui incarnait une gauche plus intransigeante a perdu son pari alors qu’elle était la patronne du parti, du jamais vu et un résultat qui va reléguer définitivement le rôle de premier secrétaire au rang de « petit soldat ». Hollande comme Royal sont sortis du « jeu » pour gagner et ils ont tous les deux réussis. Il y a fort à parier, que le poste de premier secrétaire va moins faire rêver, puisqu’il ne donne plus de légitimité pour conduire la bataille suprême, et qu’il ne garantit même pas la victoire en cas de duel interne. Une bien mauvaise nouvelle pour les futurs congrès car la synthèse ne sert plus à rien.
Le second enseignement est encore une conséquence de la crise. Montebourg, et son score à deux chiffres, a démontré que, si une grande partie des sympathisants de gauche avait bien compris que sans argent les promesses ne serviraient pas à grand-chose sauf à décevoir, une partie non négligeable voulait, elle, tout balayer. Elle ressemble un peu à la gauche de Mélenchon mais en moins menaçant. Bref, le confort de la révolte sans pour autant vouloir réellement y mettre les mains. Et il faut en tenir compte. Loin de moi l’idée de les réduire à la phrase précédente, ils sont sincèrement révoltés et ils ont bien souvent raison. Mais ils ne voient pas que leurs solutions leurs causeraient tellement d’ennuis qu’ils en perdraient le peu qu’ils ont et qu’ils compromettraient durement l’avenir de nos enfants. Le monde est un et indivisible, les problèmes des uns sont les problèmes des autres, le déconstruire reviendrait tout simplement à le détruire. Il n’y a pas de démondialisation possible sauf à faire « nous » détruire.
Petite digression d’ailleurs sur ce concept qui ne peut puiser ses racines dans une gauche qui se veut souvent humaniste, internationale et prônant le progrès global. La mondialisation a commencé il y a bien longtemps quand les peuples ont voulu « échanger » avec d’autres peuples. Ce fut par la guerre, les militaires. Ce fut par la religion, les missionnaires. Ce fut par le commerce, les marchands. Et ces 3 M fonctionnent toujours ! Heureusement pour nous, à notre époque, il s’agit le plus souvent des marchands. Les Grecs, les Romains, les Perses, etc firent les 3. Mais ce sont surtout les grands explorateurs, Polo, de Gama, Colomb, et les autres qui construisirent les bases de la mondialisation que l’on connait. Les empires coloniaux et les guerres mondiales ont fait le reste. L’humanité a de tout temps souffert et profité dans le même temps de cette mondialisation, et cela ne va pas changer.
Notre problème aujourd’hui est de comprendre qu’après avoir été la partie du monde qui accaparait le plus fort développement, nous ne sommes plus cette partie. L’autre partie du monde, celle que l’on appelait « tiers monde » ou « en développement » consomme toutes les ressources et richesses du monde. Cet immense déséquilibre, jamais connu dans l’histoire réduit nos richesses et notre développement. Il nous fait peur et nous met dans une position défensive. Mais croire qu’on peut lutter en se repliant sur une ile déserte est une hérésie couteuse et destructrice. Il nous faut inventer une nouvelle croissance capable d’attirer et de créer de la richesse, un immense défi.
Le troisième enseignement, est plus polémique. En effet, il était temps que cela se termine avant de finir en combat de rue. On est habitué à ce que la gauche critique la droite qui se saisit de thèmes difficiles parce qu’un jour Le Pen en a parlé. S’il fallait s’interdire de parler des sujets que ce dernier a brandi, pas sûr qu’il resterait un seul champ de débat. Mais entendre ces derniers jours les uns (chez Aubry) jouer la petite musique du « candidat du système » (manquait juste médiatico-politico-judéo-maçonnique du grand capital international pour faire du vrai Le Pen) et les autres leurs attribuer un label « compatible avec Le Pen », m’a fait penser à deux choses : soit quand la gauche ne sait plus quoi inventer elle déguise ses adversaires en « lepénistes », soit la gauche est elle aussi « lepénisée ». Les amis d’Aubry seraient-ils de vilains « fachos » ? Personne n’y croit bien sûr et il faut donc bien se rendre à la première solution : la gauche traite les autres de « lepénistes » parce que c’est plus facile, point.
Maintenant comment se fera la nouvelle synthèse derrière Hollande, c’est une sacré question. Bien sûr 17 ans d’abstinence donne envie plus que jamais de gagner. Bien sûr un quatrième échec d’affilée risquerait de faire exploser réellement le parti socialiste. Mais en même temps cela ne permet pas aux uns et aux autres de ranger leurs convictions au placard alors qu’ils les ont tant claironnés devant nos concitoyens, sauf à employer la fameuse formule de Montebourg : « je suis croyant, je ne suis pas pratiquant » quand il évoque les manquements à ses engagements.
Un autre facteur important n’est pas à négliger : la gauche possède déjà tout le reste. La quasi-totalité des Régions, la majorité des Conseils Généraux, une majorité des grandes villes et même le Sénat. Bref tout ce que l’Etat décide passe par elle pour s’appliquer. Certains s’en contenteraient bien, d’autant qu’il est plus facile de gagner localement quand on n’a pas la responsabilité suprême dans la situation la plus difficile que nos pays aient connus en temps de paix.
Qui donc voudrait démontrer qu’il ne fera pas plier les banques parce qu’elles sont internationales ? Qui donc voudrait démontrer qu’il ne fera pas disparaitre les paradis fiscaux parce qu’il n’en aura jamais le pouvoir ? Qui donc voudrait démontrer qu’il faut plus d’intégration européenne alors qu’on la fustige ? Qui donc voudrait démontrer que la paix au Proche-Orient n’est pas près de voir le jour ? Qui donc voudrait démontrer que nous ferons peut-être la guerre à ceux qui veulent la bombe pour aller au-delà de leurs discours ? Qui donc voudrait démontrer qu’il ne reviendra pas à la retraite à 60 ans parce qu’il n’y aura pas assez d’argent même en spoliant dans leur intégralité les plus grandes fortunes du pays ? Qui donc voudrait démontrer qu’il ne remontera pas le nombre de fonctionnaires parce que nous empruntons déjà aujourd’hui pour payer leur salaire ? Qui donc voudrait démontrer que la justice fiscale alourdira de toutes les façons les impôts des classes moyennes parce qu’il n’y a pas assez de riches pour les remplacer ? Qui donc voudrait affronter le communautarisme alors qu’on en a fait une ficelle électorale ? Qui donc voudrait rétablir l’ordre dans les banlieues au risque d’une inéluctable confrontation avec tous ceux, toujours plus nombreux, que les trafics font vivre ? Parfois il vaut mieux laisser ses adversaires se débrouiller avec le « machin » …
La situation demandera tellement d’efforts à la France, à l’Europe et au Monde que le succès n’est pas garanti, même avec la meilleure volonté du monde. D’ailleurs, même si les Français se détourne « un peu » de leur actuel Président, beaucoup ici et à l’étranger lui reconnaisse toute cette volonté du monde pour éviter que tout bascule dans le chaos : Géorgie, Grèce, Palestine, Lybie, crise financière, G20, axe franco-allemand, réchauffement climatique. On ne pourra pas dire qu’il n’ait pas, sur tous les fronts, fait entendre la voix de la raison et aussi de l’audace. Cela suffit-il ? Chacun voit bien que non parce que près de 200 nations ont des voix bien discordantes et que celles des USA, de la Russie, de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de l’Allemagne, du Japon ou de l’Angleterre comptent pour beaucoup, pour des raisons parfois fort différentes. Convaincre prend du temps, beaucoup de temps. Alors Hollande ferait-il mieux ? Pour le coup je suis sûr que non.
Mais revenons-en à nos primaires. La droite peut-elle s’en saisir ? Les USA qui les pratiquent de façon institutionnelle nous montrent deux choses :
Rien n’empêche la droite de faire des primaires. Cela aurait au moins deux avantages : faire entrer de nouvelles personnalités, en « sortir » d’autres, et surtout mesurer le poids des différentes tendances : libéraux, gaullistes, centristes, radicaux, souverainistes, etc. Le souci est ensuite celui de la compatibilité avec nos actuelles institutions : le scrutin présidentiel à deux tours. Car ce scrutin porte en lui-même une primaire : le premier tour. Ce premier tour permet à quiconque de se présenter aux Français sans justement passer sous les fourches caudines d’un parti ou d’un camp, fussent par des primaires. Car sortent vainqueurs de ces primaires ceux qui ont déjà avec eux un parti (la preuve Baylet est arrivé dernier et aucun autre ténor de gauche ne s’est risqué à prendre une raclée).
La question est donc de savoir si une telle primaire favorise finalement l’émergence de candidats capables de se présenter en dehors de leur « camp » ou d’un camp ou, si au contraire, elle finit par n’assoir que la possibilité d’être issu de ce « camp » pour sortir vainqueur de la primaire de ce « camp ». Je crois que la réponse est finalement la deuxième solution.
Si le concept de primaires s’impose définitivement à gauche et à droite, il finira par construire une vraie bipolarité politique, éliminant tous les autres candidats potentiels du premier tour de la présidentielle. Car, à n’en pas douter, ceux qui ne voudront pas s’y plier seront désignés comme de vilains petits canards illégitimes n’ayant pas voulu participer à la primaire.
Sera-t-il finalement mieux qu’il n’y ait plus qu’un candidat dans chaque camp (j’oublie volontairement les extrêmes) et que l’élection présidentielle soir réglée au premier tour ? À coup sûr on ferait de sérieuses économies avec seulement 2 candidats et 1 tour. Pour ce qui est du choix et de la démocratie, ce n’est pas assuré.
Pour répondre il est urgent d’attendre mai 2012, car si le candidat vainqueur de la primaire socialiste ne gagnait pas l’élection présidentielle, il n’est pas sûr que beaucoup d’électeurs d’hier et de candidats potentiels pareraient encore cette primaire de toutes les vertus. Je parierai même le contraire.
Après son élection en 2007, le Président avait fait le choix d’une ouverture politique et sociale capable de réconcilier les français avec la politique d’une façon générale. Rappelons d’ailleurs que le Président ayant été, en nombre de voix, le mieux élu de toute la Cinquième République (mis à part le cas Chirac de 2002), il avait la légitimité pour le faire.
Le Président avait dès lors choisi une politique réformiste consistant à favoriser la prise de risques pour créer plus de croissance économique, plus de travail et plus de richesses.
La crise mondiale a clairement remis en cause cette méthode. Si l’objectif est resté le même, cette façon de faire demandait d’importantes marges de manœuvre qui ont soudainement disparu.
Personne ne connaît encore ce qu’est le bilan de la très grave crise que nous venons de vivre, mais nous savons qu’il est colossal. Des économies entières vacillent, y compris dans des pays qui ont pourtant l’habitude de gérer des crises. La Grèce, mais à présent l’Irlande ou le Portugal, s’enfoncent et leurs habitants ont les plus grandes difficultés.
Dans cette crise, nos problèmes se sont accrus. Nous avons connu une année 2009 noire, une année 2010 à la peine, mais nous avons résisté et évité le pire. Il faut en être conscient même si cela ne rassure nullement. Pour autant, il a fallu payer pour résister et la dette est devenue si grande qu’elle menace à présent tout notre avenir.
Quelle voie donc choisir, alors que les signaux internationaux sont très contradictoires ? l’Europe va mieux mais certains, on l’a vu plus au haut, vont très mal. Les Etats-Unis vont mieux mais ils doivent faire tourner la planche à billets, déséquilibrant les autres monnaies. La Chine est plus riche que jamais mais l’immense retard qu’elle veut combler l’amène à maintenir une monnaie très basse. Et aucune autre nouvelle ne vient éclairer positivement ce ciel là.
Le Président a donc tranché : ce sera la voie gaulliste.
La situation exige plus d’expérience, plus de professionnalisme pour sortir de cette crise par le haut. C’est tout le sens de ce nouveau gouvernement. N’en doutons pas, tout l’enjeu est bien là.
Bien sûr, on entend ici et là ceux qui trouvent dommage la fin de l’ouverture, la moindre place des centristes. On entend que c’est un gouvernement recentré sur l’UMP pour faire la campagne du Président.
Faire des choix amène forcément à des déceptions. Faire plaisir à tout le monde, cela n’est possible que quand tout va très bien et que les marges de manœuvre sont importantes.
Pourtant, dans notre pays, entre libéralisme et socialisme, le gaullisme a toujours représenté la voie de l’équilibre. L’équilibre entre indispensable création de richesses et nécessaire redistribution. A l’heure ou nous venons de fêter le quarantième anniversaire du Général de Gaulle, il est bon de s’en souvenir. D’ailleurs même les socialistes se sont mis à honorer de Gaulle cette année, une première qui en dit long…
Aurait-on pu tout de même faire une place plus grande aux centristes ? Oui et non. D’abord le gouvernement plus resserré perd 8 membres, et l'UMP fait le plus gros effort de réduction. Deux centristes de taille, Michel Mercier et Maurice Leroy, plus connus en province qu’à Paris sont là pour démontrer l’attachement à un large rassemblement. Le « plus connu en province qu’à Paris » n’est d’ailleurs pas innocent. Ce gouvernement est aussi beaucoup moins parisien que le précédent, il représente mieux la diversité de notre territoire.
Évidemment il manque Jean-Louis Borloo et Hervé Morin. Mais le centre se « cherche » plus que jamais. Borloo premier ministre aurait-il permis de faire avancer cette question ? Non. Entre Bayrou, Morin, Borloo, Jego, Arthuis et quelques autres, le rassemblement des centristes ne va pas de soi, l’union dans un seul mouvement encore moins et une candidature unique à la Présidentielle encore beaucoup moins.
Pourtant depuis 1998 et l’explosion de l’UDF, cette question de la recomposition du centre se pose. En dehors de la question de la gouvernance de notre pays, il est clair aujourd’hui que la priorité des centristes est de se réorganiser pour exister réellement.
Positif ou négatif pour la Majorité Présidentielle ? Les centristes n’ont jamais cru au socialisme, il n’y a vraiment aucune raison pour que cela change.
Maintenant il va falloir choisir un cap. Mais la pression que les politiques de tout bord vont vouloir exercer dès maintenant en ne pensant qu’à l’élection Présidentielle peut venir troubler celui-ci.
Cinq grands chantiers doivent selon moi accaparer ce gouvernement :
La stabilité du monde.
L’équilibre monétaire, la paix au Moyen-Orient et en Afrique, l’approvisionnement en ressources naturelles, le désarmement nucléaire, le changement climatique, doivent être des priorités vraiment traitées. Toutes ces épines nous empêchent de croitre au bénéfice du plus grand nombre et font le jeu des populistes et extrémistes de tout poils.
La réorganisation de l’Etat et des collectivités locales.
Tout le monde fait tout et n’importe quoi nous faisant perdre des sommes considérables et beaucoup de temps. Des tâches obligatoires et exclusives pour chaque niveau de responsabilités (Etat, région, département, commune ou intercommunalité), des processus plus simples et plus clairs pour les citoyens doivent nous permettre des économies substantielles tout en étant plus efficaces.
La réorganisation de la fiscalité et du financement du régime social.
Un seul impôt direct pour financer tous les niveaux de responsabilités, un seul impôt social non assis sur les salaires, la fin des exceptions fiscales, une juste contribution selon tous ses revenus et patrimoines, une redistribution qui favorise la cohésion sociale, doivent devenir des objectifs concrets. Ils permettront à la fois aux français d’y voir plus clair et de retrouver la confiance.
La création de connaissances et de richesses.
L’un ne va pas sans l’autre et pourtant on les oppose constamment. L’éducation nationale doit être modernisée pour faire mieux qu’hier, la formation continue des adultes doit être totalement revue pour devenir un véritable pilier au même titre que la formation initiale. Les entreprises doivent entrer dans les études supérieures pour tisser des liens favorisant l’emploi des jeunes. Sans éducation, nous ne saurons pas quoi faire, sans les entreprises, nous ne saurons pas comment les faire.
La sécurité.
Alors que la délinquance générale baisse, la violence continue à progresser. Elle est à relier à la professionnalisation mafieuse des réseaux de drogue et à leurs effets terribles aussi bien sur le comportement que sur la santé. C’est une guerre qui ne dit pas son nom mais les enjeux sont considérables sur le plan social.
Bien sûr, d’autres sujets viennent à l’esprit de chacun mais il me semble que ceux-ci sont les préalables indispensables au reste. Se réorganiser pour être mieux compris et plus efficace, garantir l’équité du système fiscal et social, assurer notre avenir intellectuel et économique, garantir le droit de vivre tranquillement, ce sont les bases qui permettront à nos concitoyens de mieux vivre.
Tout cela est-il possible ? Oui mais il faudra en plus le faire en remboursant nos dettes.
Souhaitons au Président, au Premier Ministre et aux Ministres de réussir.
Derrière ce jeu de mot qui rappelle deux films qui portent ce même titre, se cache un article publié récemment dans le journal et qui m'a étonné par son ton plus que judicieux. Et j'ai vraiment envie de le faire partager en cette période où l'on oublie les conséquences de ce que l'on souhaite...
bonne lecture !
Chronique d'abonnés
DSK ne sera pas candidat à l’élection présidentielle
par CHRISTIAN T., paysan
27.09.10
Au milieu des années
90, Le Monde diplomatique avait rapporté la phrase de DSK : « Le problème de la gauche, c’est ses électeurs. Ils ne sont pas fiables ». Masse qui gonfle dans l’opposition, masse
qui se dégonfle dès qu’elle a gagné. Masse qui alors s’abstient ou va picorer, pour une part non négligeable, à l’extrême droite et à l’extrême gauche uniquement contestataire.
Un peu avant 1990, Anthony Burgess avait écrit que le drame de la gauche était ses promesses.
Les deux critiques convergent : la gauche électorale est fâchée avec la durée. Elle promet beaucoup à des électeurs qui la croient, sans recul, et s’évaporent après déception.
Ce qui vaut pour les électeurs ne vaut pas nécessairement pour les dirigeants qui regrettent cette volatilité ou l’exploitent. DSK regrette la volatilité de son électorat et se méfie des
dirigeants socialistes qui en profitent le temps d’une longue campagne électorale.
DSK n’est pas fâché avec la durée, DSK n’est pas fâché avec les chiffres. DSK connaît l’importance de conserver la notation AAA de la France ou, au minimum, que la notation de la France soit
identique à celle des USA. DSK sait qu’en 2012, 1 % d’intérêt d’emprunt en plus, c’est à moyen terme 18 milliards de charges en plus, 2 % c’est 36 milliards, 4 % c’est plus que le
produit de l’IRPP. DSK sait que la conséquence d’un recul sur l’âge du départ en retraite, ce serait 18 milliards à trouver pour les retraites en 2018, mais, surtout, l’abaissement de la note de
la France, le décrochage net d’avec les USA et l’Allemagne, et quelques dizaines de milliards à trouver pour compenser.
DSK sait qu’un succès socialiste à la présidentielle et le respect de la promesse de revenir à la retraite à 60 ans déclencheraient une tempête difficile à maîtriser. Il voudra bien être
« le sauveur » qui devra recoller les morceaux, il ne veut pas être le responsable de la catastrophe.
L’hypothèse la plus réaliste est un succès de Martine Aubry à la présidentielle puis des écolo-socialistes aux législatives, immédiatement suivi d’un retour symbolique à la retraite à 60 ans et
d’une suppression tout aussi symbolique du bouclier fiscal, car il faudra bien donner du grain instantané aux électeurs. Symbole pour les électeurs, mais également symbole pour les riches,
symbole pour les banques qui, n’en doutent pas ont déjà des plans de replis pour échapper à une éventuelle sur taxation, symbole enfin pour toutes nos élites nomades. Il ne faudra pas deux ans
pour déclarer la pause. En urgence, dès l’automne, il sera fait appel à tous les socialistes capables de calmer l’étranger et les Français. Ce sera Manuel Vals à l’intérieur, DSK Premier
Ministre, Hollande à la Justice, Lamy aux Finances, Moscovici ou Collomb au budget ce gouvernement aura la tâche d’expliquer aux Français que l’âge légal de départ en retraite sera porté à 65 ou
67 ans.
publié dans "Le Monde" le 27/09/2010

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